Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Acteplume

Je ne peux m’empêcher. Je bouge. Un regard en arrière, fugace, ma voisine dans mon dos gribouille sa lettre d’amour. Elle ajoute un « e » à amour, pour accorder avec lettre. 

– Cucurbite ! Assez ! 

Oui, oui, je dois cesser, je suis Cucurbite en cessation de sensations ! Au carré, au cube et même au court brouillon, rien n’y fait, les mathématiques m’indiffèrent. 

Sous le Thalès, la page ! 

Calé dans le creux du classeur, Le Clézio patiente dans le Désert. 

Par la fenêtre de la salle on voit la mer, c’est déjà ça. 

– Cucurbite Pepa ! Au tableau ! 

– Courage Pepita, susurre Marie à mes côtés. 

Au tableau ? Mais pas celui-ci, segmenté, chiffré. Au tableau, avec mes couleurs, ma gouache, mes pinceaux. Cyan, vermillon, safran à l’assaut ! 

En vérité, pitoyable, d’avance humiliée, tête basse, épaules rentrées, je comprends sur l’estrade que j’aurais mieux fait de me tenir à carreaux, comme la mer dans la vitre dessinée en quatre. 

 

– Cucurbite tu rêves ! 

Vingt ans plus tard je traîne encore sur les bancs de l’école. Dites, j’ai tant redoublé ? 

Evidemment non, j’enseigne le français à des terminales scientifiques qui dissimulent Pythagore et les formules qu’ils trouvent magiques sous les jupons de Madame Bovary. 

Sous le pavé, la Texas aux belles touches. 

Ils ont le nez mutin, le teint Biactol et calculent les quatre carreaux de la vitre au millimètre près. Moi je 

regarde la mer… 

– Cucurbite tu rêves ! Grogne Marie en salle des professeurs. Tu dois sévir, il leur faut connaître les 

grands textes ! 

Je ne réponds pas. Je parlerai littérature, ils poseront des équations poétiques. 

Sur l’estrade, Emma Bovary. On verra bien ce qu’elle a à leur dire. 

 
 
 
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Kat ( blog katendelire) 20/07/2015 04:15

Très savoureux, le genre que j'aime, bravo!

Anne 10/11/2013 21:28


Lettre d'amoure... 


Et j'aime beaucoup aussi les équations poétiques.


Je vois, seulement maintenant, ton message sur mon blog. Merci de m'avoir donné ta nouvelle adresse.


 

Graphène 14/05/2013 11:12


que tu cucurbitasses


et rêvasses


à la mer d'en face


suis étonné d'à peine


 


et tu sais, des poèmes équationnés, moi, j'en ai croisés...


 


bonne journée cucurbita pepita

Christian 12/05/2013 10:03


Comme quoi, rien n’est jamais désespéré. Il parait même que la rêverie conduit au professorat. Un bon moment.

Acteplume

Bric à brac littéraire

Catégories

Hébergé par Overblog